Les métastases osseuses : un enjeu majeur en oncologie
Les métastases osseuses concernent près de la moitié des patients atteints de cancer, avec une incidence en constante augmentation grâce à l’amélioration de la survie globale. Ces atteintes sont responsables de douleurs complexes, liées à la lésion elle-même, à l’inflammation locale ou à l’atteinte des nerfs voisins. Elles fragilisent l’os (ostéolyse tumorale), exposant à un risque de fracture, et impactent lourdement l’autonomie, la qualité de vie et la poursuite des traitements.
La chirurgie conventionnelle, bien que très efficace pour stabiliser mécaniquement l’os, reste invasive et difficilement supportable pour des patients souvent fragilisés. De plus, le caractère souvent multifocal des métastases limite les indications de la chirurgie lourde. La radiothérapie, fréquemment utilisée, ne permet pas toujours une consolidation rapide et fiable.
La radiologie interventionnelle : une réponse mini-invasive et personnalisée
Face à ces limites, la radiologie interventionnelle s’impose comme une alternative de choix. Les techniques de consolidation osseuse mini-invasives (cimentoplastie et/ou ostéosynthèse) offrent une solution efficace, rapide et bien tolérée pour soulager les douleurs et restaurer l’autonomie.
Les atouts de la radiologie interventionnelle
- Procédures réalisées sous guidage scanner ou scopique, avec une précision millimétrique.
- Hospitalisation courte (ambulatoire ou 1 à 2 jours).
- Réalisable sous anesthésie locale, sédation ou anesthésie générale selon la complexité.
- Très bonne tolérance, même chez les patients fragiles.
- Succès technique dans 90 % des cas, amélioration clinique rapide (en moins de 24h dans 70 à 80 % des cas).
- Très faible taux de complications grâce aux outils de guidage modernes.
Focus sur les techniques de consolidation
La cimentoplastie
Technique pionnière inventée en France en 1987, la cimentoplastie consiste à injecter un ciment acrylique liquide (polyméthylméthacrylate) dans la lésion osseuse. En se solidifiant en une vingtaine de minutes, le ciment consolide l’os et soulage rapidement la douleur. Cette technique est particulièrement adaptée aux os plats (vertèbres, bassin, condyles…) et permet une remise en charge quasi immédiate.
L’efficacité clinique est démontrée, avec 70 à 80 % de patients soulagés. Les complications, rares, sont principalement liées à des fuites de ciment, le plus souvent asymptomatiques. Il est important de noter que la cimentoplastie n’a pas d’effet sur le contrôle tumoral : elle vise avant tout à consolider et à soulager.
L’ostéosynthèse mini-invasive
L’ostéosynthèse percutanée, ou vissage, s’est développée ces dernières années pour traiter les os soumis à des contraintes de torsion (sacrum, bassin, dent de C2, pédicules vertébraux). Elle permet de solidariser des fragments osseux ou de stabiliser une lésion à haut risque de fracture, réduisant ainsi la douleur et le risque de déplacement.
La pose de vis se fait sous anesthésie générale ou rachianesthésie, avec une précision extrême. Cette technique est particulièrement efficace pour les fractures à déplacement modéré ou en prévention fracturaire. Elle peut être associée à une cimentoplastie pour renforcer la stabilité.
Un parcours de soins structuré et multidisciplinaire
Chaque dossier fait l’objet d’une analyse approfondie en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), réunissant radiologues, oncologues, radiothérapeutes et orthopédistes. Le choix de la technique est individualisé, en fonction de la localisation, du type de lésion et de l’état général du patient.
Le parcours comprend :
- Un bilan radiologique (scanner ou IRM)
- Une consultation en radiologie interventionnelle pour expliquer le geste, recueillir le consentement et organiser le suivi
- Une consultation anesthésique
- Une programmation rapide de l’intervention (dans les 15 jours)
- Un suivi post-opératoire rapproché
L’expertise du CHU de Clermont-Ferrand
En 2025, l’équipe de radiologie interventionnelle du site Gabriel-Montpied du CHU a réalisé 382 gestes de consolidation osseuse, dont un tiers pour des patients atteints de cancer. Les vissages du bassin et des vertèbres font partie de la pratique courante, illustrant la montée en puissance de ces techniques innovantes au service des patients.
Vers des traitements multimodaux
Pour optimiser la prise en charge, ces techniques peuvent être associées à la radiothérapie, à la thermoablation (destruction de la tumeur par le chaud ou le froid) ou, pour les gros volumes tumoraux, à l’électrochimiothérapie (en cours de développement au CHU).
La radiologie interventionnelle transforme la prise en charge des métastases osseuses douloureuses, offrant aux patients du CHU de Clermont-Ferrand des solutions innovantes, efficaces et adaptées à chaque situation.