Et si la présence d’un chien pouvait aider un patient de réanimation à mieux traverser l’une des périodes les plus éprouvantes de son parcours de soins ?
C’est la question que le CHU de Clermont-Ferrand a décidé d’explorer avec rigueur scientifique à travers PET ICU – Pets Enhancing Therapeutics in Intensive Care Units –, une étude clinique de faisabilité parmi les toutes premières du genre en France.
Une véritable étude clinique, rigoureuse et encadrée
Si certaines structures hospitalières ont déjà tenté ponctuellement d’autoriser des visites d’animaux, PET ICU s’en distingue profondément: il s’agit d’un protocole de recherche structuré, appliqué en conditions réelles, au sein de trois unités de soins critiques du CHU (sur le site Estaing avec la réanimation adulte et le site Gabriel-Montpied avec la réanimation médico-chirurgicale et la réanimation neurologique).
L’étude est portée par le CHU de Clermont-Ferrand et coordonnée par le Pr Matthieu Jabaudon, avec le soutien de la Direction de la recherche clinique et de l’innovation. L’élaboration de ce protocole de recherche a constitué le travail de thèse d’une interne du DES d’anesthésie-réanimation à Clermont-Ferrand. Un financement a par ailleurs été obtenu dans le cadre de l’appel d’offres interne de recherche clinique du CHU L’objectif est clair : démontrer, de manière scientifique, que les visites des chiens de compagnie des patients sont possibles, sûres et potentiellement bénéfiques.
Une expertise pluridisciplinaire mobilisée
Pour garantir la sécurité de chacun, le bien-être animal et le respect strict de l’hygiène hospitalière, PET ICU repose sur une équipe d’experts dédiée.
L’étude associe :
- une vétérinaire de VetAgro Sup (Lyon), chargée de superviser l’état de santé des chiens ;
- un éducateur canin professionnel, responsable de la formation des équipes et de l’évaluation comportementale des animaux ;
- les équipes d’hygiène hospitalière et le CLIN du CHU ;
- des soignants volontaires des trois réanimations engagées dans le protocole.
Cette approche collective et croisée constitue l’une des forces majeures du projet : rien n’est laissé au hasard et chaque visite est l’aboutissement d’un vrai travail d’équipe.
Un protocole d’hygiène et de sécurité strict
Pour qu’un chien puisse entrer en réanimation, de nombreuses conditions sont évaluées en amont. L’animal doit être parfaitement à jour de ses vaccinations (rage, leptospirose, maladie de Carré, hépatite de Rubarth, parvovirus, influenza), avoir été vermifugé au minimum 48 h avant la visite et ne présenter aucune maladie transmissible.
Il doit également montrer un tempérament sociable, calme et non agressif, être habitué à sortir du domicile et passer un contrôle comportemental à son arrivée.
L’accès se fait uniquement par des entrées extérieures de l’hôpital pour limiter les circulations internes.
En préparation de la visite, un linge imprégné des odeurs du service est remis aux proches afin d’habituer l’animal à l’environnement hospitalier.
Pendant la visite, tous les pansements et dispositifs du patient sont protégés.
Après son départ, une réfection complète de la chambre est systématiquement réalisée : changement des pansements, de la literie, de la blouse du patient, puis ménage renforcé.
Comment se déroule la visite ?
Chaque visite est brève, maîtrisée et accompagnée.
Le chien arrive avec un proche du patient et un soignant volontaire. La durée est limitée à 15 minutes maximum dans un créneau spécialement dédié pour ne pas perturber les soins.
Si l’état du patient le permet, un contact direct peut être instauré : caresses, présence apaisante, interaction simple.
À l’issue de la visite, des questionnaires de satisfaction sont recueillis auprès des soignants, du proche accompagnant et du patient lui-même lorsque c’est possible. Ces données permettront d’évaluer l’acceptabilité et l’impact émotionnel de l’intervention.
Objectif de l'étude
PET ICU a d’abord pour ambition de mesurer la faisabilité et la sécurité de ces visites en contexte de réanimation.
L’étude sera considérée comme faisable si au moins 8 chiens sur 21 peuvent entrer en chambre dans les conditions strictes définies par le protocole.
Si les résultats sont concluants, cette première étape pourrait ouvrir la voie à d’autres travaux de recherche mesurant les effets potentiels de ces visites sur :
- le moral et le confort du patient ;
- la douleur ;
- la confusion ou l’anxiété ;
- et plus largement, la qualité de l’expérience vécue en réanimation.
Une démarche profondément humaine
PET ICU s’inscrit dans un mouvement international visant à humaniser la réanimation.
Dans un environnement souvent perçu comme impressionnant, technique et isolant, la possibilité de retrouver un animal familier pourrait devenir une forme de soutien affectif non pharmacologique, complémentaire aux soins habituels.
En apportant des données scientifiques rigoureuses là où n’existaient que des intuitions et des initiatives ponctuelles, cette étude pourrait servir de référence nationale et contribuer, à terme, à l’élaboration de recommandations officielles pour ce type d’accompagnement en réanimation.